Résumé

« Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. » Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Un peu par hasard! Mon collègue Franck m’a proposé de me le prêter car on venait de lui rendre, et j’ai accepté.

Mon avis

Dans ce livre, il y a deux aspects que je veux dissocier: le fond et la forme.

Ce livre aborde le sujet très important du don d’organe. Il est, à mes yeux, essentiel d’en parler: pour que chacun partage son choix avec ses proches, même aujourd’hui avec la nouvelle loi où on est présumé donneur. Cela « simplifie » les choses si la situation, toujours dramatique, se présente et enlève le poids du choix à ceux qui restent.

Maylis de Kérangal traite ici le deuil d’une façon magnifique et délicate. On en ressent la violence, le désespoir et la colère. L’onde de choc du décès de Simon, avec toute son injustice, frappe ses parents de plein fouet, avant de s’étendre à tout son entourage. On suit, pendant cette journée, chaque étape et chaque protagoniste: du donneur au receveur, en passant par les médecins, les infirmiers, l’agent de l’agence du don d’organe ou la petite amie de Simon. Le récit donne ainsi l’image d’un cycle de vie, qui, hélas, commence par la mort de Simon et la douleur incommensurable de ses parents, mais finit par l’espoir et la renaissance de Claire.

La forme du récit emprunte un  style original avec des phrases à multiples virgules, très longues. Elles sont à l’image d’un fil de pensées qui défile, passe d’une idée à l’autre avant de revenir au sujet principal. Cela retranscrit bien les émotions des parents, notamment la peur, l’effarement, la douleur indicible, la colère,… On ressent à travers cette syntaxe une grande empathie envers ces deux êtres brisés par une déferlante d’émotions insupportables, qui doivent pourtant continuer à vivre.

Cependant, le livre entier est écrit ainsi, ce qui m’a agacée et lassée. On entre ainsi dans la tête de chaque protagoniste et, la bonne idée de voir la chaîne entière entre Simon et Claire, est un peu perdue. Je comprends l’envie de donner une profondeur à chaque acteur, leur donner une réalité pour  montrer l’impact de cet évènement sur la vie de tous et chacun. Ces phrases sans fin ont fini par me faire me distancier du récit et les petits éléments de la vie de certains n’apportent vraiment rien au récit (jet de pizza ou ébats torrides). J’en ressors avec une impression mitigée, de l’émotion avec les parents ou Claire et une réflexion intéressante sur le don d’organe, mais un trop plein d’informations inutiles dans la deuxième partie du livre, ainsi qu’un style épuisant par sa lourdeur.  C’est dommage car le propos est très documenté et bien trouvé.

Ce livre reste à lire car le fond est extrêmement important et, même si je suis plus réservée sur la forme, je vous recommande de tenter l’expérience. Ce sujet nous concerne tous et il est fondamental d’en parler, pour faire connaître sa position et, au besoin, s’inscrire sur la liste des refus.

Informations pratiques:
Publié en janvier 2014 aux éditions Verticales
Adapté au cinéma en 2016 et en pièce de théâtre en 2017.
Existe en poche (7.70€) et en livre numérique (7.49€)
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