Chronique

Mör, Johana Gustawsson

Résumé:

Après Block 46, le duo d’enquêtrices Emily Roy (profileuse de renom, froide et parfois curieusement maternelle) et Alexis Castells (écrivaine de true crime) revient pour une enquête terrifiante qui explore, cette fois encore, l’histoire et les liens familiaux.

On retrouve, en Suède, un cadavre de femme amputé de plusieurs kilos de chair : les seins, les hanches, les cuisses et les fesses ont disparu. Au même moment, à Londres, Emily Roy enquête sur une disparition inquiétante : une actrice célèbre a été enlevée, et ses chaussures abandonnées à proximité de son domicile, dans un sac plastique, avec une paire de chaussettes soigneusement pliées dedans.

Ces deux crimes portent la signature du serial killer qui a tué l’ancien compagnon d’Alexis Castells au moment de son arrestation : Richard Hemfield. Hemfield est enfermé à vie à l’hôpital psychiatrique de haute sécurité de Broadmoor, pour le meurtre de six femmes blanches, retrouvées, en l’espace de deux ans, assassinées et amputées de leurs seins, de leurs fesses, de leurs cuisses et de leurs hanches…

Le problème, c’est que Richard Hemfield est en prison depuis dix ans. Comment expliquer que ses crimes recommencent ?

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

J’avais apprécié le premier roman de Johana Gustawsson, Block 46. Lorsque ce second tome a été proposé dans la Grosse OP de juin 2017 de Bragelonne, je l’ai tout de suite acheté!

Mon avis:

Mör est un mot suédois qui signifie tendre. Je suis allée chercher la traduction juste avant de commencer le roman et j’en ai compris la signification très rapidement! Je vous en laisse le plaisir, si vous ne vous êtes pas déjà fait spoiler cet élément.

Nous retrouvons avec ce récit Emily et Alexis, 18 mois après les évènements de Block 46. Elles se sont plus ou moins remis du traumatisme et sont restées en contact, à la manière d’Emily, c’est à dire de loin. L’enquête qui va les réunir à nouveau va éprouver leur amitié et l’équilibre d’Alexis. Les crimes commis, entre Suède et Angleterre, sont en tout points identiques à ceux pour lesquels Richard Hemfield est emprisonné depuis dix ans. Il a également assassiné le compagnon de l’époque d’Alexis, qui aidait à son arrestation.

Le roman débute un peu lentement. J’ai mis du temps avant de retrouver mes marques et les héroïnes. Les premiers chapitres sont consacrés à la découverte du premier corps en Suède, à l’introduction de nouveaux personnages et à l’histoire d’une jeune femme de la fin du XIXème siècle. On retrouve ici l’alternance présent/passé qui avait si bien fonctionné dans Block 46, ainsi que les narrations multiples. Je dois avouer que le lien entre les deux temporalités a été plus complexe à comprendre. L’auteure joue un peu avec nos connaissances et nous lance sur de fausses pistes.

Les femmes sont encore une fois au cœur de l’histoire, avec de nouvelles protagonistes: Karla, la policière, mère de famille et Aliénor, la brillante stagiaire Asperger, au comportement atypique, sans compter Freda Wallin, jeune suédoise immigrée à Londres dans les années 1880s. Les hommes sont un peu plus présents: Stellan, Dan, Olafsson,… Ils gardent un rôle un peu plus secondaire, mais ne font pas tapisserie.

Cette enquête va permettre de faire plus amplement connaissance des deux héroïnes en dévoilant des pans de leur vie personnelle. On fait notamment connaissance des parents d’Alexis, un peu clichés, mais très amusants. Les deux jeunes femmes sont également en couple durant l’histoire, chacune vivant son histoire à sa façon. Tout ces détails plus intimes m’ont permis de m’attacher à elles, en particulier Emily, avec sa froideur de surface qui cache une personnalité complexe et des blessures profondes.

On a une galerie de suspects variée et, bien qu’on ait rapidement des soupçons sur tel ou tel protagoniste, l’auteure sait nous faire douter jusqu’au bout. On croit deviner, mais on se rend compte à la fin qu’on était loin de la vérité. Les révélations finales se succèdent rapidement, un peu à la manière des poupées russes. Et, encore une fois, je me suis laissée emberlificoter l’esprit. J’avais deviné un des éléments finaux, mais le reste m’a totalement prise par surprise. L’horreur des meurtres est tout aussi saisissant que dans Block 46: c’est écoeurant, littéralement, mais très bien amené.

La seule critique que je pourrais émettre, au delà du début un peu poussif, est le lien avec le passé un peu tiré par les cheveux, comparé au premier tome. J’ai beaucoup moins adhéré au récit du XIXème qu’au présent, mais c’est purement une question de goût. Le style est bon et fluide: je l’ai lu très rapidement. L’auteure a su de nouveau nous plonger dans la monde des tueurs en série, avec la même érudition et peut être un peu plus de confiance dans ce second roman.

Spoiler: On retrouve dans ce roman l’idée de malheur sur plusieurs générations qui crée des « monstres ». Bien que le sujet soit compliqué, j’ai trouvé qu’il était bien traité et amené de façon logique. L’héritage tragique de chacune des femmes  de l’histoire crée des problèmes de pire en pire, pour finir avec une équipe de tueurs en série cannibales. L »origine de tous ces drames étant une jeune femme de chambre, séduite par le fils de sa patronne et qui a dû faire face aux conséquences d’une grossesse non désirée dans un monde profondément sexiste et injuste. Cette situation a créé une terrible rancoeur et de la maltraitance, qui engendrera elle-même le rapport anormal de l’enfant au monde et à sa future descendance. Cela me fait penser à l’effet papillon transposé à l’histoire: un évènement plutôt anodin, une grossesse, qui a des répercussions terribles quelques générations plus tard. Cela m’a fait réfléchir aux actes du quotidien et à leurs conséquences insoupçonnées.

Pour conclure, j’ai aimé cette histoire, pleine de suspense, de doutes, de tensions et de découvertes macabres. Johana Gustawsson confirme ici son talent pour les récits mêlant enquêtes policières et Histoire tout en se renouvelant assez pour garder ses lecteurs. J’attends le troisième tome avec impatience, même si je me demande comment elle va réussir à faire un lien entre Suède et Angleterre sans faire de redite dans son futur roman.

Informations pratiques:
Paru en mars 2017 chez Bragelonne, 308 pages (21.50€).
Deuxième aventure d'Alexis Castells et Emily Roy.
Existe en livre numérique (4.99€) et sort en poche le 20 octobre 2017 (7.90€).

 

 

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