Chronique

Allégeance, Lebenstunnel, Oxanna Hope

Résumé:

Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait? 200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

J’ai obtenu ce livre numérique sur le site SimPlement, grâce à l’auteure qui m’a contactée, après que j’ai signalé que son livre m’intéressait. Je l’en remercie grandement. J’avais déjà lu une chronique qui m’avait donné envie de le découvrir chez Saiwhisper 😉

Mon avis:

Ce roman nous plonge dans une uchronie futuriste où les nazis ont gagné la Seconde Guerre Mondiale. Ils ont créé leur monde « parfait » avec une population aryenne pure, sélectionnée par un eugénisme radical. L’héroïne, Krista, grandit donc dans cette idéologie totalitaire enseignant la fierté de race et la méfiance envers les sous-hommes, heureusement éradiqués aujourd’hui. Cette idée a déjà été traitée dans de nombreux romans, jeux ou séries:  Le Maître du haut château  de Philip K. Dick (adapté en mini-série), Fatherland de Robert Harris ou encore le jeu Wolfenstein.  Je n’ai cependant lu aucune de ces œuvres, même si j’aime particulièrement le genre (encore des ajouts à ma wishlist!).

L’univers du roman est présenté au fur et à mesure. Le monde de Germania est propre, lisse et ordonné. Chacun est à sa place et doit viser l’excellence pour incarner au mieux l’idéal aryen. Malgré les explications de Krista,  de nombreux aspects de l’uchronie restent assez flous et parfois un peu superficiels. Notre jeune aryenne est plongée très rapidement dans l’action et ne nous fait pas de cours sur l’histoire de son pays en détail. Cela n’est cependant pas vraiment un défaut. L’auteure a su selon moi distiller les informations essentielles, tout en gardant le silence sur d’autres, qui seront probablement éclaircies dans la suite. Elle démontre également un travail de recherche intéressant grâce aux termes utilisés (note de bas de pages utiles et précises), aux « concepts » propres à l’Allemagne nazie et à sa propagande. Certaines de ces idées sont poussées à l’extrême, comme le Lebensborn.

Krista raconte son histoire et ses doutes, présents dès le début, même si elle n’agit pas en conséquence. Elle est persuadée des bienfaits du système établi par son peuple, malgré les sacrifices exigés, en particulier dans le Lebensborn où elle travaille où les enfants « hors standard » sont éliminés dès la naissance. Cette dualité entre l’amour de sa patrie et la crainte permanente de faire un pas de travers est une bonne illustration de son lavage de cerveau, digne de l’Etat totalitaire nazi. La vie de l’héroïne va être chamboulée quand elle aide une jeune femme à entrer dans les égouts, où elle va découvrir un monde qui remet en cause ce qu’on lui a appris depuis toujours. D’abord incrédule, elle va devoir se confronter à la violence et l’horreur de Germania. J’ai apprécié ce personnage qui doit confronter sa vision du monde étriquée à la réalité. Son évolution, bien qu’un peu rapide, est cohérente et bien écrite. Les changements sont douloureux et difficiles. Elle est totalement perdue et a beaucoup de mal à choisir son « Allégeance ». Il y a cependant quelques phrases étonnantes:

« Et parce que j’ai vu le jour dans cet univers cloisonné et réglementé, il ne me viendrait pas à l’idée de penser différemment. »

Cette réflexion est soit maladroite, soit un indice sur le fait que la narratrice raconte son passé. Cependant, la suite est racontée « en direct », ce qui m’a un peu déroutée.

Malgré ce détail, je me suis plongée totalement dans l’histoire. Bien qu’assez court, le récit est dense en évènements et actions. Je suis restée scotchée et j’ai tremblé pour nos héros. Elias est le deuxième protagoniste principal et le seul à prendre une réelle profondeur. Il est courageux, raisonnable et fougueux. Sa méfiance envers Krista va évoluer vers une relation intéressante, mais complexe. Les personnages secondaires restent un peu dans l’ombre, mais ce n’est pas particulièrement gênant au vu du déroulé des évènements. Ils jouent leur rôle et contribuent à l’ambiance particulière du roman.

J’ai tout particulièrement aimé un aspect du récit, même si j’ignore s’il est volontaire. Le peuple que rejoint Krista, contre son gré, a été martyrisé et massacré par les Aryens, intolérant et élitiste à l’extrême, durant deux siècles. La haine et la violence du régime ont créé en retour une défiance et une rage, poussant parfois les réfugiés à se comporter de manière profondément injuste. La haine appelle la haine, tout comme la violence et l’horreur de ce qu’aurait été un tel régime qui se pérennise, dans un cercle vicieux. Les réactions épidermiques et violentes de ces hommes et femmes vont profondément bouleverser la jeune femme, peu habituée à voir le mot aryen associé à la honte. Elle se retrouve jugée sur son apparence uniquement et comprend à quel point cette attitude (qu’elle approuvait jusque là) est injuste.

Ce roman m’a complètement entraînée dans son histoire, sans me laisser reprendre mon souffle. Je me suis attachée aux personnages, j’ai ressenti leurs dilemmes et j’ai eu le cœur brisé par l’horreur du régime nazi. La fin nous offre, de plus, un retournement de situation en série haletant que j’ai adoré. J’ai hâte de découvrir la suite qui promet des révélations passionnantes! Même si le thème n’est pas nouveau, je vous recommande ce récit qui m’a vraiment fait passer un très bon moment et m’a même donné envie de me plonger dans d’autres uchronies. Venez découvrir Germania, un univers glaçant, mais immersif porté par une plume agréable.

Information pratiques:
Paru en février 2017 chez Rebelle Éditions, 294 pages (17€)
Premier tome d'une série de deux livres.
Existe en livre numérique (4.99€)

9 réflexions au sujet de “Allégeance, Lebenstunnel, Oxanna Hope”

  1. Oh, super contente que l’ambiance, le concept et les personnages te plaisent ! =]
    Effectivement, les uchronies sont assez récurrentes dans l’imaginaire, mais c’est bien écrit, dynamique et prenant.
    Je pense que l’idée de retournement de situation (ton avant dernier paragraphe) est voulu, car c’est l’un des éléments qui lui font prendre conscience de la haine générale et la persécution.
    J’espère que la suite te plaira. Attends-toi à hurler à la fin du T2.
    (Merci pour le lien ! <3)

    Aimé par 1 personne

    1. Je parlais des uchronies sur les nazis assez récurrentes 😉 mais comme c’est bien traité, ça passe tout seul !
      J’ai lu ta chronique du deux et j’ai vu que la fin était « horrible ». J’ai hâte de savoir^^
      Je pense aussi que c’est voulu, mais j’ai plusieurs fois eu des sentiments que l’auteur a démenti alors je reste prudente^^
      Et de rien 😉

      Aimé par 1 personne

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