Chronique

La servante écarlate, Margaret Atwood

Résumé:

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred,  » servante écarlate  » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Ce livre est un cadeau d’anniversaire de ma moitié. Cela faisait quelque temps que je voulais le lire et le Emma Watson Reading Challenge m’en a persuadée.

Mon avis:

La protagoniste principale, Defred, nous décrit la société totalitaire et effrayante dans laquelle elle vit. Les femmes sont soumises: ce sont les responsables de tous les maux de la société, en particulier la baisse drastique de la fertilité. Il faut donc les contrôler pour les libérer de leurs pulsions négatives. Elles sont rangées en castes:

  • les Épouses, femmes des Commandants, seules qui ont un semblant de droits.
  • Les Marthas, domestiques.
  • Les Servantes écarlates, esclaves sexuelles utilisées comme mères porteuses pour les Commandants dont l’épouse est stérile (comme la majorité des femmes). Leur propre nom leur est ôté, elles deviennent « De » leur commandant, et changent d’appellation à chaque affectation.
  • Les Tantes, éducatrices des Servantes et gardiennes morales de la société.
  • Les Econo-femmes, femmes des hommes de moindre importance.

Ce livre fait énormément de bruit et je comprends totalement pourquoi. Ce monde glaçant, totalitaire, qui annihile toute forme de liberté, découle d’une réalité pas si éloignée de la nôtre. Ce régime s’est imposé non pas par la violence et la force, mais petit à petit, par des réformes de plus en plus liberticides. Personne ou presque ne s’est rebellé, et quand les gens ont compris, il était trop tard. Cela fait écho à un passé européen récent, mais également à la monté globale de l’alt-right, incarné par Trump et de l’extrême droite (ainsi qu’aux extrémismes religieux de tous poil qui gagnent du terrain de nos jours). Ces gens qui revêtent un costume de respectabilité et de démocrates pour mieux faire passer leurs idées nauséabondes. C’est le genre de livre qui nous fait nous demander et si…? Aurions-nous le courage de résister? Ou serions-nous cette grenouille que l’on cuit à petit feu et qui ne comprend pas assez vite le danger?

La place des femmes est vraiment effrayante, réduite à leur corps et leurs pulsions. Ce sont des objets, sans intellect et sans raison. Defred survit dans la peur et la soumission, au moins apparente. Elle est brisée et effrayée par la surveillance constante de son entourage et des « Yeux », espions du pouvoir dissimulés dans la population. Elle avoue sa lâcheté, son incapacité à se rebeller, traumatisée par la perte de sa fille et son mari. Elle prend conscience par moment de l’adhésion progressive de son esprit aux valeurs conservatrices du régime, ce qui la révolte et l’effraie. La force de survivre qu’elle conserve lui vient uniquement de ses souvenirs avec sa famille et ses amis.

Les autres personnages sont intéressants, chacun coincé dans son rôle, sans possibilité d’en sortir sous peur d’être dénoncé et exécuté. Le Commandant a une place particulièrement ambiguë, tout comme son Épouse. Ils sont à la fois acteurs et patins du régime. Margaret Atwood a décrit avec brio une société totalitaire, justifiant ses choix et ses exactions par le bien-être collectif et la volonté de Dieu. Certaines scènes sont terribles (la Rédemption), mais aucune ne paraît irréaliste, car elle n’a décrit que des pratiques ayant déjà été utilisées par de véritables régimes. C’est ce qui fait réfléchir et trembler.

Ce roman m’a vraiment mis une claque et je le recommande à tous et à toutes. La fin ouverte est frustrante, mais j’ai trouvé qu’elle donnait également de l’espoir. J’aurais pu en dire tellement plus sur ce roman, mais tout a déjà été écrit, analysé et de façon bien plus détaillée. Je ne peux à mon petit niveau que vous conseiller La Servante écarlate, un livre féministe qui nous lance un avertissement à la résonance terriblement actuelle.

Je vais conclure avec cette citation, tellement utilisée qu’elle pourrait être éculée, mais qui est, hélas, terriblement vraie:

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » Simone de Beauvoir

Coup de cœur

Informations pratiques:
Paru en 1985 chez Robert Laffont et ré-édité en 2005, 518 pages (20.88€).
Existe en poche (11.50€) et en livre numérique (10.99€).

 

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17 réflexions au sujet de “La servante écarlate, Margaret Atwood”

  1. J’ai connu la servante écarlate grâce à la série et je l’ai littéralement bu ! (l’une de mes séries favorites, vraiment, et je même si je pas trop séries et que j’y connais rien, ça compte xD) j »attends la saison 3 en me disant que mon cœur finira par lâcher (comme dit ma meilleure amie à qui j’ai refilé le bébé). La version livre faisait déjà partie de ma whistlist et ton avis enthousiaste (coup de coeur !) me fait me dire que je dois VRAIMENT diminuer ma PAL pour celà….Tu as fini par regarder la série ? Les posts datent de 2017.

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