Chronique

Kallocaïne, Karin Boye

Résumé:

Dans une société où la surveillance de tous, sous l’œil vigilant de la police, est l’affaire de chacun, le chimiste Leo Kall met au point un sérum de vérité qui offre à l’État Mondial l’outil de contrôle total qui lui manquait. En privant l’individu de son dernier jardin secret, la kallocaïne permet de débusquer les rêves de liberté que continuent d’entretenir de rares citoyens. Elle permettra également à son inventeur de surmonter, au prix d’un viol psychique, une crise personnelle qui lui fera remettre en cause nombre de ses certitudes. Et si la mystérieuse cité fondée sur la confiance à laquelle aspirent les derniers résistants n’était pas qu’un rêve ?

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

J’aime beaucoup les dystopies et je me suis fixée comme objectif de lire les classiques de ce genre. J’ai déjà lu 1984, Fahrenheit 451, La servante écarlate,… Je m’attaque aujourd’hui à ce livre, moins connu, mais recommandé par ma librairie préférée, Critic à Rennes, après la nouvelle traduction faite par Léo Dhayer, chez Les moutons électriques en 2016.

Mon avis:

Ce roman est écrit sous la forme des mémoires de Léo Kall, citoyen de l’Etat mondial, aujourd’hui emprisonné. Il nous explique comment il en est arrivé là, à partir de sa découverte révolutionnaire: la Kallocaïne. Cette drogue est un sérum vérité imparable, qui permettra de punir les crimes de pensées des citoyens-soldats, pas assez dévoués à la réussite collective. Il espère grâce à cela monter les marches dans la hiérarchie de sa ville Chimie n°4.

Le monde dans lequel évolue Léo Kall est totalement contrôlé. Les gens vivent et travaillent sous terre, il leur faut un permis pour sortir à l’air libre. Leur vie est surveillée et espionnée en permanence. Ils sont tellement prudents qu’une conversation ne doit jamais être faite à 2, pour toujours avoir un témoin des dires de l’autre personnes, en cas d’accusation de conversation subversives d’une des deux parties. La propagande collectiviste est partout, de plus en plus forte avec le temps qui passe.

Le paradoxe du héros est qu’il ne prend pas conscience que sa propre création pourrait lui faire du tort, persuadé qu’il est d’être le parfait citoyen-soldat, insoupçonnable. Cette société dystopique broie la liberté dans tous ses aspects, même les plus intimes. Oui, il y a une caméra dans la chambre conjugale! Le style, et la traduction, sont très fluides, malgré des discours de propagande et d’argumentation du héros parfois emphatiques. Ils ne gênent pas et se lisent facilement. Le récit exerce une fascination particulière: le héros ne remet pas en cause l’idéal collectiviste et le défend même avec véhémence. Je me suis demandé s’il y allait avoir une prise de conscience de l’absurdité des règles de son monde ou non, mais également si sa création allait avoir  un effet boomerang et le faire condamner.

Cette lecture résonne tout particulièrement avec une autre de mes lectures en cours, L’Archipel du goulag de Soljenitsyne. On retrouve le système totalitaire collectiviste, l’effacement de l’individu, l’encouragement à dénoncer même ses proches, la criminalisation excessive de tout élément hors norme,… Ce n’est bien sur pas un hasard vu que l’auteure s’est apparemment inspirée de l’Allemagne nazie et de ses visites en URSS pour écrire ce dernier ouvrage (paru en 1940).  Cette œuvre aurait influencé Orwell dans l’écriture de 1984 et il est vrai qu’on retrouve de nombreux points communs dans les régimes totalitaires inventés par les deux auteurs.

Ce roman n’a, à mes yeux pas vieilli, il est très peu connu, mais mérite amplement une place au sein des classiques du genre. Comme toutes les dystopies, ce récit est effrayant. Ce régime où les individus n’ont leur place qu’en tant que partie d’un tout qui les domine, l’État mondial, fait vraiment penser aux totalitarismes du XXème siècle, mais peut également être utilisé pour critique une société où la liberté doit laisser la place à la sécurité. Il y a cependant une touche d’espoir dans ce livre: les individus, mêmes les plus obtus et embrigadés, peuvent ressentir spontanément ce besoin de liberté, d’aimer, de réfléchir ou tout simplement de petits plaisirs « égoïstes », qui les amènera à se rebeller, au moins en pensée. Le totalitarisme ne pourrait jamais totalement gagner face à l’esprit Humain.

Comme je vous l’ai dit, j’aime énormément les dystopies et celle-ci est une référence. Si ce genre vous plaît, je vous recommande vraiment de découvrir cette histoire, qui vous fera réfléchir sur l’Homme, la liberté, l’individu et le collectif. J’ai eu un coup de cœur pour ce roman, intéressant et édifiant.

Coup de coeur

Informations pratiques:
Paru en 1940 et republié en 2016 par Les Moutons électriques, collection Hélios, 237 pages (7.90€).
Existe en livre numérique (5.99).
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11 réflexions au sujet de “Kallocaïne, Karin Boye”

    1. C’est proche d’Orwell, inspiration commune oblige. Barjavel, peut pas te dire, je ne l’ai pas lu.
      La différence que j’ai ressentie est au niveau du personnage principal. Kallocaïne est à la première personne singulier et Leo est un zélote convaincu du régime en leur offrant sa Kallocaïne, là où Winston se permet de mini liberté. Bien qu’ils vont tout les deux vers le doute, ce n’est pas le même processus. De plus, Kallocaïne est plus dans l’aspect psychologique, les conséquences sur le comportement et sur les relations sociales d’un tel régime .
      Ma lecture de 1984 a plusieurs années alors je ne pourrais pas plus détailler^^ si je le relis, je te donnerais plus de détails.

      Aimé par 1 personne

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