Chronique

Nous Autres, Eugène Zamiatine

Résumé:

[…]Ainsi parle D-503, un homme des siècles futurs. Il vit dans une société qui impose fermement l’Harmonie sous la direction du Guide. Or D-503 qui participe activement à l’expansion de cette organisation à l’échelle interplanétaire en arrive à l’autocritique, à la dénonciation , au rééquilibrage psychique.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Après Kallocaïne, je continue à explorer les origines des contre-utopies/dystopie. Ce roman est libre de droit et est donc accessible gratuitement en livre numérique sur les plate-forme de téléchargement légale.

Mon avis:

Le récrit prend la forme du journal intime de D-503, numéro de l’Etat Unique qui apporte le bonheur à tous. Il écrit un récit qui sera placé dans l’Intégral, vaisseau spatial dont il est le concepteur, qui portera le bonheur de force à toute autre civilisation existante dans l’univers. L’organisation de la vie des numéros est entièrement régit par la Tables des heures et chacun se soumet au bonheur collectif, libéré de la liberté, source de guerres, malheur et des maux de l’Ancien Temps.

Ce roman est vraiment précurseur, il est écrit en 1920, alors que Lénine est toujours au pouvoir. L’État soviétique a déjà mis en place la terreur, les purges et les camps de travail forcé pour créer la société communiste « parfaite » et mater toute résistance à la révolution du prolétariat. La description futuriste de l’État Unique correspond très bien à la notion de régime totalitaire qui sera développé des années plus tard. On y retrouve les notions de traître à la patrie, la délation et le « rééducation » qui seront les fondements de la politique concentrationnaire de l’URSS stalinienne. La publication sera d’ailleurs interdite dès 1923 et l’auteur s’exilera en France en 1931.

Orwell reconnaît avoir puisé des idées dans cette histoire. Kallocaïne de Karin Boye, quant à lui, est véritablement proche dans la structure et la forme de la société futuriste. Boye et Zamiyatine se placent tout deux dans la tête d’un membre zélé de la collectivité qui va petit à petit grâce à une personne hors norme, remettre en cause une partie de ses croyances. Les auteurs se placent au niveau de l’individu, qui n’a pourtant théoriquement aucune existence en dehors de la collectivité et du service de cette dernière.

Le style est particulier, qu’il viennent de l’auteur ou du traducteur. J’ai eu du mal à entrer totalement dans l’histoire durant les premiers chapitres. Cependant, une fois le rythme pris, je me suis attachée à D-503, O, I-330 et même R-13! La fin m’a même vraiment chamboulée, bien plus que ce à quoi je m’attendais. La tension monte au fur et à mesure des pages, vers un évènement majeur, le vol d’essai de l’Intégral, apogée de l’existence de D-503.

L’univers créé a beau partager de nombreux points communs avec d’autres dystopies classiques, il est particulier, par exemple au point de vue technologique. Il n’y a pas de caméras ou de micros (1920 oblige) pour espionner les numéros (déshumanisation ultime et hélas, prémonitoire). La surveillance se fait par des fenêtres aux volets ouverts dans tous les appartements, la délation automatique et des demandes de permissions pour chaque aspect de la vie: travail, relations sexuelles, enfants,…

Cet ouvrage nous fait assister à la naissance de la liberté, l’esprit critique et l’amour chez le héros D-503. C’est pourtant un numéro convaincu des bienfaits absolus de l’État unique, mais il va découvrir grâce à I-330, une autre façon de vivre. Les mathématiques qui régissent sa vie, si réconfortant et rassurant, vont lui apparaître enfin comme le carcan rigide qu’on lui impose. Je n’en dit pas plus, mais j’ai vraiment apprécié cette découverte, fenêtre sur un autre temps, qui peut nous faire réfléchir sur le présent. La fin m’a bouleversée, j’espère continuer à faire d’aussi bonnes découvertes dans ce voyage dans le monde des dystopies classiques!

Je vous recommande cette lecture, même s’il est probablement préférable de lire de façon plus espacée que moi ce livre et Kallocaïne de Karin Boye, à cause de leur similarité.

Coup de cœur

Informations pratiques:
Publié en 1920 et réédité en 1971 par Gallimard (25€).
Existe en poche (8.90€) et en disponible gratuitement en livre numérique.

5 réflexions au sujet de “Nous Autres, Eugène Zamiatine”

    1. Cette fin m’a vraiment bouleversée, j’adore mon voyage dans le passé au pays des dystopies! J’espère qu’il te plaira, le style est particulier et l’univers proche des autres dystopies tout en étant très différents !
      Je vais faire une petite pause de quelques semaines avant de continuer pour être sûre de bien apprécier chaque histoire 😉

      Aimé par 1 personne

  1. Je ne connaissais pas du tout!! Et j’aime bien les romans qui nous présentent des sociétés particulières! Vu que le roman a été écrit il y a longtemps, ce doit être vraiment intéressant de le comparer à l’évolution de nos propre société, notamment l’URSS … Ça m’intrigue pas mal, je me le note 😉

    Aimé par 1 personne

    1. Je l’ai découvert grâce à Kallocaïne en fait, dans le postface! L’auteur du postface compare les deux livres et j’avais du coup eu envie de le découvrir.
      La société dystopique fait réfléchir comme toujours, j’aime vraiment ce genre, j’espère qu’il te plaira aussi 🙂

      Aimé par 1 personne

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