Chronique

Servir froid, Joe Abercrombie

Résumé:

C’est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la guerre.

La guerre est un enfer, mais c’est aussi un gagne-pain pour certains, comme Monza Murcatto, la plus célèbre et redoutée des mercenaires au service du grand-duc Orso. Ses victoires l’ont rendue très populaire… trop, même, au goût de ses employeurs. Trahie, jetée du haut d’une montagne et laissée pour morte, Monza se voit offrir en guise de récompense un corps brisé et une insatiable soif de vengeance.
Quoi qu’il lui en coûte, sept hommes devront mourir.
Elle aura pour alliés un soûlard des moins fiables, le plus fourbe des empoisonneurs, un meurtrier obsédé par les nombres et un barbare décidé à se racheter une conscience.

C’est le printemps en Styrie. Et avec le printemps, vient la vengeance.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Je l’ai acquis lors d’une Op Bragelonne, mais je ne me souviens plus de quand exactement. Cela faisait un certain temps qu’il était dans ma PAL et je l’ai sélectionné pour le Cold Winter Challenge!

Mon avis:

Avec un titre pareil, le lecteur sait dans quel type d’histoire il se lance: soit un mauvais cuistot 😁, soit une histoire de vengeance.  Servir froid se place bien sur dans la seconde catégorie. Monza, générale impitoyable est trahie par son employeur. Laissée pour morte au côté de son frère, elle va se lancer dans une frénésie vengeresse sans savoir où cela la mènera.

C’est le premier livre de Joe Abercrombie que je lis bien que j’en ai beaucoup entendu parler. La dark fantasy est un genre que j’aime beaucoup, mais c’est souvent tout ou rien. Coup de chance: j’ai adoré. Les personnages ne sont pas des héros: mercenaires, spécialiste de la torture, meurtriers ou encore empoisonneurs. Utilisant son butin colossal, Monza, « la Bouchère de Caprile » va constituer autour d’elle une troupe hétéroclite grâce aux rares soutiens qu’elle a encore. Leur aventure macabre ne sera pas de tout repos, de part sa nature même, assassinats en série, mais également car aucun d’entre eux ne se fait réellement confiance.

L’héroïne de cette histoire est brisée, aussi bien mentalement que physiquement. Sa haine brûlante ravage tout sur son passage. L’amour qu’elle portait à son frère s’est transformé en rage: une blessure profonde que la trahison envenime encore plus.  Ce n’est pas le genre de femme qui céderait à la pitié ou au désespoir… Peu à peu cependant, le miroir se craquèle et on découvre un tableau bien plus complexe de sa personnalité, mais aussi de celle de chacun des protagonistes.

Shivers est le premier membre de la troupe que Monza recrute, un homme du Nord, peu éduqué mais qui veut devenir un homme meilleur. Hélas, cela ne l’aide pas à manger ou se loger. Il accepte ce travail sans trop savoir jusqu’où cela le mènera. Viendront à la suite Cordial, Morveer, Day, Vitari et Cosca ( 3 femmes, 4 hommes, plutôt équilibré). Chacun avec sa spécialité. J’ai vraiment apprécié la profondeur des personnages qui se révèlent petit à petit. Il est difficile de cerner totalement et de prévoir la voie qu’ils vont choisir.

Leur monde est sombre, injuste et violent.  Le duc Orso, ancien employeur de Monza, mène une guerre pour devenir roi et il est tout près de la victoire, en grande partie grâce à elle. La politique et les réputations de chaque protagoniste sont cruciales en ces temps si difficiles, surnommée « Les Années Sanglantes ». Les personnages vont affronter des défis moraux et cruels pour en ressortir changé. L’espoir est difficile à trouver et il est encore plus dur de savoir à qui faire confiance. Le récit nous présente un message assez désabusé sur le monde, le pouvoir et la nature humaine. Monza répète régulièrement que « Pitié et lâcheté sont une seule et même chose ». Ambiance.

La conclusion n’est pas beaucoup plus positive avec une fin qui par certains aspects est terrible, en particulier quand on comprend l’origine de la trahison qui mènera Monza et toute la Styrie sur une voie sanglante. J’ai tout de même trouvé quelques éléments d’espoir, mais je ne peux développer sans vous spoiler.

La danse des révélations est bien menées et personne n’est épargné. Ce n’est pas toujours surprenant, mais on n’est jamais sur de ce qui va se passer. Les pièces dans ce jeu d’échecs très complexe jouent les unes contre les autres et ne peuvent se fier qu’à elles mêmes. J’ai vraiment aimé la tension permanente. J’avais peur de lire la suite et en même temps terriblement hâte de découvrir ce qui allait suivre.

La narration  passe sans prévenir d’un personnage à un autre, ce qui est un peu perturbant par moment. Cependant, l’auteur en joue très bien et j’ai relu plusieurs fois une scène cruciale que je trouve menée de main de maître: on a l’impression  que deux personnages font quelque chose ensemble, alors qu’ils sont chacun en train de le faire avec un personnage différent.

Les plans échafaudés et mis à exécution pour assassiner chacune des cibles de notre générale trahie ne nous laissent que peu de répit. Ils sont vraiment bien trouvés, spectaculaires et évoluent en même temps que l’héroïne. Le premier meurtre brutal, sanglant où Monza laisse éclater toute la haine qu’elle ressent, va laisser place à des exécutions plus réfléchies, voire qui sait, à un questionnement sur ses buts réels. Son envie de vengeance dévastatrice sans voir plus loin que le bout de son nez va évoluer très doucement, mais une fois qu’elle a mis certaines choses en branle, il n’est pas sur qu’elle puisse infléchir leur trajectoire…

L’histoire nous entraîne vraiment, mais il y a malgré tout quelques longueurs dans les descriptions et un petit ventre mou dans le récit (à 80% du livre numérique). J’ai un peu décroché de l’histoire, pendant environ 20-30 pages, mais heureusement, l’auteur a su me replonger totalement dans les péripéties.

Je suis vraiment satisfaite de ma lecture, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de dark fantasy et cela me manquait. Les péripéties sont vraiment fascinantes, la psychologie des personnages bien travaillée et évolutive et les scènes de batailles très bien décrites. La fin a été totalement satisfaisante pour moi et je pense que je continuerai à lire les romans de cet auteur. Je vous le recommande grandement si vous êtes amateur du genre: un univers où personne n’est vraiment héroïque, où les valeurs sont à géométrie variable, avec des jeux politiques cyniques et des personnages complexes.

Informations pratiques:
Paru en 2013 chez Bragelonne, relié, 672 pages (30€).
Premier tome d'une duologie, qui elle-même suit une première trilogie.
Existe en livre numérique (5.99€) et en format broché (25€).

 

 

15 réflexions au sujet de “Servir froid, Joe Abercrombie”

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s