Chronique

Ready Player One, Ernest Cline

Résumé:

2044. La Terre est à l’agonie.
Comme la majeure partie de l’humanité, Wade, 17 ans, passe son temps dans l’OASIS – un univers virtuel où chacun peut vivre et être ce qui lui chante. Mais lorsque le fondateur de l’OASIS meurt sans héritier, une formidable chasse au trésor est lancée : celui qui découvrira les trois clefs cachées dans l’OASIS par son créateur remportera 250 milliards de dollars !
Multinationales et geeks s’affrontent alors dans une quête épique, dont l’avenir du monde est l’enjeu. Que le meilleur gagne…

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Je sus allée voir le film et bien que divertissant, j’ai trouvé qu’il manquait cruellement de fond, problème d’adaptation? Du coup, j’ai acheté le livre numérique (VO) pour confirmer, ou pas, mon impression.

Mon avis:

En 2044, le monde est en crise: énergétique, économique et humanitaire. L’Humanité a trouvé une échappatoire à cette réalité sombre et déprimante: l’OASIS. Ce jeu vidéo en réalité virtuelle permet de faire et d’être ce que l’on veut. Wade a grandi avec l’OASIS comme nounou. Il y va au lycée et consacre la majorité de son temps libre à la chasse l’œuf du créateur du jeu. A sa mort, James Halliday a dissimulé trois clés qui permettent d’accéder à un Oeuf de Pâques unique: celui qui le trouve en premier devient son héritier et prend le contrôle de l’OASIS. Ce fan absolu de la culture pop et geek des années 80 a donné un indice qui reste irrésolu depuis 5ans. Les egg hunters ou gunters (désolée terme de VO) tournent en rond, mais une révélation va bientôt relancer la course!

Wade est un geek totalement dévoué à la recherche de l’œuf. Il connaît par cœur les jeux vidéos, les films et les musiques préférées de Halliday. Sa vie réelle n’est pas facile tous les jours: recueilli par sa tante lors de la mort de sa mère, elle ne lui porte aucune affection et l’utilise avant tout comme source de revenu. Dans l’OASIS, il a un meilleur ami Aech et un but précis: la chasse. Très peu social et timide, je l’ai trouvé attachant par moment, mais vraiment tête à claque et avec des réactions/propos pas très malins, voire pire.

Il a une conversation avec l’élue de son cœur terriblement dérangeante où il insiste pour savoir si c’est bien une VRAIE fille (pas de changement de sexe? Transphobie ordinaire merci), quand il voit sa vraie tête il lui dit « je ne suis pas déçu » (encore heureux) et il la harcèle quand elle décide de ne plus lui parler (très malin pour la récupérer le harcèlement). Vous vous doutez que l’histoire d’amour est du coup assez gênante et bizarre. Il est également terriblement snob face à des personnes qui connaissent moins bien l’univers d’Halliday que lui, comportement qui résonne totalement avec certains gamers qui se prennent pour des « vrais » joueurs et méprisent les « casu » (joueurs plus occasionnels).

Personnage totalement antipathique me direz vous? En partie, oui. Cependant, son évolution est intéressante. De « gunter » solitaire obsessionnel et tourné vers son nombril, il va grandir et devenir adulte, en abandonnant son comportement immature quasi-intégralement.

J’ai eu un petit coup de cœur pour son meilleur ami, Aech. Il a des discussions amusantes avec Parzival (avatar de Wade), surnommé Z, avec une rivalité amicale dynamique. Art3mis est un personnage assez sympa, qui refuse de donner trop d’éléments sur sa véritable identité en ligne, ce qui est totalement logique. Je la comprends totalement, en tant que fille geek, j’évite souvent de dire que je suis une femme, alors plus d’info, je ne crois pas!  Elle est aussi passionnée par Halliday que Wade, mais est encore plus maligne. Elle ramène aussi le héros sur Terre car il a tendance à s’enfermer dans ses rêves (et dans l’OASIS).

Les « méchants » de l’histoire sont les membres d’une multinationale, IOI, dirigée par un homme prêt à tout pour prendre le contrôle du jeu: mensonges, corruption, intimidation, tricheries,… Les joueurs qu’ils utilisent dans  l’OASIS ont des oreillettes avec des équipes de spécialistes qui leur donnent les informations nécessaires pour résoudre les défis.  J’ai bien aimé la confrontation entre les gunters et IOI, on déteste cordialement ces antagonistes, même si cela joue beaucoup sur la notion de « vrais » geek » qui m’a toujours énormément dérangée.

J’ai tout de même eu un problème avec les personnages de Daito et Shoto, deux frères japonais, qui sont très caricaturaux: ils saluent en s’inclinant, parlent d’honneur toutes les 2s,… C’est assez compliqué car ils sont très impliqué dans la défense de leur culture et leurs avatars en sont donc les incarnations. L’auteur évoque également des sujet assez pointus comme les Hikikomori  ou plus connus comme les otakus. Je ne sais pas trop comment me positionner face à leur caractérisation. Je les ai tout de même trouvé sympathiques et ils m’ont donné le seul moment où j’ai presque eu les larmes aux yeux.

Le jeu en lui même est assez dingue car c’est un univers à part entière, avec des milliers de mondes différents. L’avatar que l’on crée est totalement personnalisable  et les pouvoirs évolutifs. Je n’y jouerai probablement pas s’il existait car c’est un « pay to win ». En gros, les concepteurs gagnent leur vie en vendant en argent réel des objets virtuels. Hypocrite car je joue à WoW? Peut-être, mais dans l’OASIS, une seule mort = perte d’absolument tout. Il est en mode ultra-difficile tout le temps! C’est le gros point faible au niveau réalisme du jeu et de son succès.

L’histoire commence très bien et je me suis totalement investie. Cet univers nostalgique geek des années 80 m’a vraiment fascinée. Je ne suis pas particulièrement amatrice de cette période et j’ai du rater une très grande partie des clins d’œil, mais je suis une fan de nombreux univers et je peux donc facilement me projeter dans ce monde dédié à la pop-culture. Les personnages sont intéressants, l’introduction au monde est bien menée et les péripéties sont entraînantes voire même mystérieuses, tout cela enrobé dans un paquet cadeau composé de références musicales, cinématographiques, télévisuelles et jeux-vidéos très satisfaisantes. Le travail de recherche a du être colossal, même si l’auteur est fan.

Hélas, cela change environ à la moitié du récit. Les références pop sont la base de l’histoire et du mystère à résoudre, le problème est qu’on finit par être submergé par les informations. Le charme de la nostalgie est toujours là, mais je trouve que l’auteur en fait trop. Cela correspond également à un moment où le héros se comporte comme un crétin, ce qui n’aide pas à rester dans le récit. C’est dommage, car j’étais partie pour une lecture coup de cœur.

Les sujets abordés sont globalement bien menés au delà de la couche de références hardcore 80s. Il y a par moment des clichés qui sont presque tous démontés avec la progression de l’histoire (sauf pour le geek qui stalk une fille qui trouve ça chouette à la fin, hum). Le récit aborde l’addiction aux jeux vidéos (oui, je sais, évident) avec le besoin de milliers de gens de fuir une réalité trop dure, la culture geek bien sur, le passage à l’age adulte, les ravages du capitalisme et de l’individualisme, le sexisme (avec tout de même des erreurs), la discrimination, l’élitisme culturel ou encore l’amitié sous de nombreuses formes.

J’ai apprécié ma lecture qui apporte une certaine « validation » à la culture geek. Elle m’a plongé dans une quête épique à la recherche d’une récompense fabuleuse. Les personnages sont attachants (sauf Wade par moment) et les péripéties vraiment sympa, en particulier pour un.e adepte des jeux vidéos. Le problème étant qu’à un moment, les références deviennent trop nombreuses. Le terme « info-dumping » est très imagé, mais je trouve qu’il colle bien à certains passages de ce livre. Cela alourdit vraiment le récit, en particulier quand l’action s’essouffle. C’est vraiment dommage car la fin est une succession fantastique de scènes d’actions et de révélations.

Je conseille de découvrir ce roman que j’ai aimé, malgré le fait que je connaissais la plupart des révélations, à cause du film. Il a un passage à vide vers le milieu du récit et des propos très maladroits, mais cela reste une lecture divertissante et un plaisir régressif à souhait. Il aurait pu être excellent, il est juste sympathique en se démarquant avec un univers virtuel fantastique.

Informations pratiques:
Publié en France, sous le titre "Player One" en janvier 2013 chez Michel Lafon, 407 pages (17.95€).
Livre unique.
Existe en poche (10€), en livre numérique (12.99€) et en livre audio (9.95€ ou 24.95€ pour le CD).

 

 

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17 réflexions au sujet de “Ready Player One, Ernest Cline”

    1. Je l’ai bien aimé aussi, même si un certain nombre de défauts (selon moi) m’ont sauté à la figure. ^^
      En fait, voir le film ne m’a pas trop influencée car il y a tellement de différences dans le récit que j’avais l’impression de découvrir une nouvelle histoire^^ Il n’y a que les 25 cents qui m’ont spoil, mais cela ne m’a pas gênée, je trouve que c’est plutôt bien fait dans les deux cas 😉
      Et je trouve également le livre meilleur! 🙂

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  1. Ta chronique est très intéressante. Mon papa aime beaucoup ce bouquin et ma soeur l’a lu mais sans plus. On l’a à la maison alors je le lirai peut être un jour mais il y a de grandes chances pour que le film passe à la casserole avant ^^
    Bises
    Kin

    Aimé par 1 personne

  2. Ton point de vue est super intéressant, on sent que tu as quand même un bon gros bagage de connaissance geek mais tu en parle vachement bien du coup on a pas l’impression d’être paumé c’est cool ahah ! En tout cas à te lire, effectivement on a presque l’impression d’avoir deux histoires c’est fou. Parce que finalement le personnage de Wade a été vachement lissé. Merci pour cet article !

    Aimé par 1 personne

    1. Merci, je suis contente de ne pas t’avoir paumée^^ j’ai toujours peur quand j’utilise des termes de joueurs!
      Il y a un « squelette » commun dans l’histoire, mais les 3 épreuves sont totalement différentes! Il faut avouer que le déroulé des tests n’est pas du tout cinématographique. Presque impossible à transposer sans que ce soit ennuyant.
      Art3mis est bien plus maligne dans les livres et l’histoire se déroule sur plusieurs mois.
      Si tu comprends l’anglais, j’ai regardé cet avis d’un youtubeur que j’aime beaucoup (après avoir écrit ma chronique de peur d’être influencée) et il exprime certaines choses mieux que moi je trouve. il souligne aussi des points que je n’ai pas vu. Par contre, ne regarde pas l’avis sur le livre, il spoil^^ (https://www.youtube.com/channel/UCPtiXdv7RoU8IkrJeNY73qw)

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        1. de rien.
          Oui j’ai des petites obsessions par moments^^ et ce film puis le livre en ont fait partie. Quand j’ai fini ma lecture, j’ai écrit ma chronique, réfléchi, réécrit, re-réfléchi puis j’ai fait des recherches et j’ai vu que ce youtubeur avait fait une vidéo sur les deux! En la regardant, j’ai été contente car il a vu certains problèmes comme moi (me sens moins seule). J’en ai parlé avec mon chéri, mon frère, mon père,… Bref, par moment, je me fatigue moi-même. 😀

          Aimé par 1 personne

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