Mini-chronique

Mini chroniques n°15 : spéciales Alanna, Tamora Pierce

Alors que Thom rêve de devenir sorcier, Alanna, sa sœur jumelle, n’a qu’une idée en tête : se faire adouber chevalier. L’occasion tant espérée se présente enfin lorsque le père des jumeaux décide d’envoyer son fils auprès du roi. D’un commun accord, les deux adolescents décident d’échanger leurs places : Thom rejoindra le couvent où devait séjourner sa sœur, tandis qu’Alanna ira à la cour du roi. La jeune fille, se faisant passer pour un homme, débute alors sa formation de chevalier aux côtés de Jonathan, le fils du roi…

Je me suis lancé dans la lecture de cette quadrilogie jeunesse sans savoir grand chose à son propos. J’ai été surprise de découvrir que la série datait des années 80, mais en avançant dans ma lecture, cela devient évident. Le style de la traduction est un peu daté et la narration assez simple renvoi à une autre époque de la littérature jeunesse.

L’idée de base est intéressante: une jeune fille, pour devenir chevalier, va prendre la place de son frère et cacher son identité pendant toute sa formation. L’autrice nous montre qu’une fille peut être aussi douée et même plus que les garçons dans des domaines traditionnellement réservés aux hommes. Alanna va travailler et s’entraîner plus que n’importe lequel des apprentis pour prouver sa valeur. Elle a pourtant beaucoup de doutes: elle s’en veut de mentir car elle est fascinée (assez naïvement) par le code de la chevalerie. La jeune femme se débat en plus avec son Don pour la magie qu’elle considère comme mauvais et refuse de l’utiliser.

J’ai apprécié la camaraderie qui lie notre héroïne aux autres futurs chevalier ainsi qu’à un de ses professeurs, Myles, ou au Duc Gareth qui dirige leur formation. Il m’a par contre manqué plus d’échanges avec son frère Thom. Malgré la distance, il est difficile de croire que des jumeaux inséparables jusque là ne fasse pas tout pour rester en contact. La relation père/fille d’Alanna et Coram, son serviteur et premier maître d’arme est touchante. J’ai eu plus de mal avec Georges, Roi des voleurs, roublard qui se prend d’amitié pour elle sans trop de raisons.

Les différents arc narratifs sont assez simples et le « grand méchant » identifié très rapidemment. Il y a de nombreuses facilités scénaristiques comme des personnages qui apprécient Alanna et l’aident sans raison apparentes. Les péripéties ont tendances à se succéder avec des bonds dans le temps énormes, puis se concentrer dans une toute petite période. La jeune femme doit se battre pour réussir, mais en même temps, elle a toujours le petit coup de pouce magique ou le soutien d’un allié inattendu pour l’aider. Ces ellipses et facilités donnent parfois l’impression que l’on survole l’histoire.

Ces romans ont également de très bonnes choses pour eux. Au delà du message sur l’égalité des sexes, Alanna a une vie sexuelle active ( à partir de 17 ans et elle n’est pas détaillée) et elle n’en a pas honte. De plus, elle se protège grâce à une contraception, uniquement pour ne pas tomber enceinte, mais n’oublions pas que c’était le début des 80s et que les campagnes contre les MST n’en étaient qu’à leur balbutiements. C’est également un des rares livres jeunesse de fantasy où l’autrice parle ouvertement de règles. Enfin, elle n’a pas besoin d’un homme, elle se concentre sur sa carrière et ne plante pas tout pour le premier bellâtre venu. Elle fait également face avec dignité et force au sexisme rampant auquel elle est parfois confrontée. C’est une jeune femme indépendante, ambitieuse et compétente.

Cependant, d’autres éléments m’ont fait tiquer. En effet, elle fait face à un harceleur durant les premiers temps de sa formation. Elle décide de n’en parler à personne car ce n’est pas un « rapporteur » et préfère souffrir en silence. C’est un comportement courant, mais sa solution finale est de devenir meilleure que son bourreau et lui infliger une terrible raclée publique. Même si elle s’en veut un peu après d’avoir cédé à la violence, le message passé me gêne beaucoup pour une jeune audience. Il faut encourager à parler et demander de l’aide. S’isoler dans son malheur peut causer énormément de dégâts et mener jusqu’à de terribles extrémités.

Pour conclure, je comprends le succès de cette quadrilogie lors de sa sortie dans les années 80s. Elle se lit facilement et passe un message important sur l’égalité des sexes. Il y a cependant un style  qui a mal vieilli et un traitement de certains sujets importants qui sont très maladroits. Ce fut une lecture intéressante pour prendre conscience de l’évolution de la littérature jeunesse depuis cette époque. L’histoire en elle-même n’est pas mauvaise, mais je pense que si vous le faite lire aujourd’hui à de jeunes ado, il mérite une bonne discussion après pour clarifier certaines choses (le harcèlement et hélas parfois aussi le consentement).

Informations pratiques:
Publié en France depuis 2009 par Hachette jeunesse.
Quadrilogie "Alanna".
Existe en Broché, poche et livre numérique.
Livres originaux publiés entre 1983 et 1988.
Titre original: The song of the Lionness. 1-The first adventure, 2-In the 
hand of the Goddess, 3-The woman who rides like a Man, 4-Lioness Rampant

9 réflexions au sujet de “Mini chroniques n°15 : spéciales Alanna, Tamora Pierce”

  1. Je connaissais pas du tout ces romans ! C’est cool de voir que même dans les années 80 des femmes publiaient déjà des romans avec des femmes fortes ! =D
    Par contre dommage que tout ne suive pas aussi bien :/

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  2. Je dois avoir la série, ou une partie, quelque part dans mon bazar, et ton avis me laisse entrevoir des romans intéressants notamment sur cette question de l’égalité des sexes et la manière dont sont abordés des thèmes comme les règles bien souvent occultés dans la littérature jeunesse, voire dans la littérature tout court. Je comprends néanmoins ton bémol concernant certains facilités scénaristiques, mais surtout sur le traitement du harcèlement… Cette réticence à parler, qui peut être d’ailleurs encouragée par certains adultes dans la vraie vie, s’avère incontestablement gênante sauf si l’autrice avait réussi à montrer en quoi ce n’était pas la solution…
    En tout cas, même si le texte a mal vieilli, je trouve que l’autrice avait fait montre d’une certaine audace pour l’époque !

    Aimé par 1 personne

    1. Pour tout ce qui concerne les femmes et leurs droits (presque tout), le message est vraiment bon et très féministe.
      La solution de se taire est un peu critiquée par ses amis et son prof var ils voudraient s’occuper du coupable. Cependant, ils admirent son courage et ne font rien car elle ne veut pas. Donc implicitement valident son comportement. J’espérais tellement un retournement où on comprend que ce n’est pas la bonne solution, mais après ce tabassage en règle du méchant, il ne l’embête plus….
      Je te conseille quand même de les lire pour la découverte, c’est très nostalgique et en effet, l’autrice a eu de l’audace 😊 cela aurait été ecrit dans les 70s et donc influencé par le mouvement hippie et la libération sexuelle!

      Aimé par 1 personne

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