Chronique, Mini-chronique

Mini chroniques n°16: Spéciales Sorceleur, Andrezj Sapkowski

J’ai lu avec Coline la saga du Sorceleur d’Andrezj Sapowski au fil de l’année 2019 (et un tout petit peu de 2020. Ce fut une chouette expérience et une fois que nous avons fini les 7 tomes principaux et les 2 bonus, ce rendez-vous (plus ou moins régulier) avec Coline et Geralt m’a manqué!

 

À travers les plaines arides et les montagnes escarpées des Royaumes du Nord, un homme avance seul.

En ces temps obscurs, il est l’un des rares à ne pas craindre les terribles créatures qui croisent sa route. Car Geralt de Riv est un sorceleur : un mercenaire initié aux secrets d’une ancienne magie.

Il suit son propre code de l’honneur dans un monde qui a oublié le sien, avec l’espoir inavoué de réaliser son dernier vœu : retrouver son humanité.

Cet série de livre débute par deux recueils de nouvelles puis continue avec cinq tomes plus classiques racontant les aventures de Geralt le sorceleur, le Loup Gris. Il tue les monstres contre rémunération, toujours sur la route pour trouver un travail. Sorceleur, créé par un processus secret et magique, il ne ressent plus nombres des émotions humaines, ou du moins c’est ce que la rumeur prétend, tout en possédant une force et une résistance hors norme. 

L’univers créé par Andrzej Sapkowski m’a beaucoup plu: sombre, magique et épique. Le système politique de ce monde se dessine peu à peu au fil des pages avec des complots politiques, des magiciens avides de pouvoir et des haines racistes qui s’exacerbent de plus en plus. Le monde va de plus sombrer dans une guerre de conquête de la terrible Nilfgard  ce qui va pousser chacun à devoir choisir un camp, alors que notre sorceleur refuse par principe de prendre partie. Son statut fait de lui un paria qui fait peur aux « braves gens » alors qu’il est également indispensable à ces derniers pour lutter contre les monstres qui écument encore cet univers. 

Géralt, malgré la peur et la haine qu’il suscite chez beaucoup est un homme d’honneur. Il respecte la parole donnée et ne prend pas plus de vie qu’il n’est nécessaire. C’est un mercenaire, mais certainement pas un tueur à gage. Si quelqu’un veut le recruter, ce sera en suivant ses règles ou pas du tout, même s’il à du mal à payer l’auberge à cause de cela. C’est un mutant, mais avec plus de valeurs morales que la plupart de humains. Il a également un caractère difficile à vivre: fier, obstiné, prompt à la mélancolie, il aime fuir les décisions tout en étant fidèle, courageux et intelligent. On apprend à l’aimer au fil des tomes, même si je vous avoue avoir eu envie plus d’une fois de lui botter l’arrière train avec vigueur!

Les tomes « recueil de nouvelles » sont prenants. Une grande partie des nouvelles est inspirées de contes de fée traditionnels (la belle au bois dormant, la belle et la bête, blanche-neige,…) ce que j’ai trouvé vraiment chouette. Bien sur, ce sont des versions adultes et pour la plupart monstrueuses, mais très bien utilisées. Il y a également un aspect à toutes ces histoires que j’ai trouvé intéressant: les aventures qui ont vraiment lieux sont souvent brutales et terribles, mais la version racontée et enjolivée (notamment par notre cher barde et meilleur ami de Geralt, Jaskier) se rapproche plus de nos versions pour enfant. Cela donne une perspective sur l’Histoire, la façon de la raconter et la source de cette Histoire.

La narration est très particulière dans les romans. L’auteur utilise souvent des personnages totalement extérieurs à l’histoire pour raconter les péripéties vécus par nos héros. J’ai beaucoup aimé cette façon de présenter les faits. Cela apporte du fond et de la texture à cet univers, même si par moment c’est un peu surprenant.

La galerie des personnages est très large mais, en dehors des magiciennes, je les ai trouvés assez facile à distinguer. La jeune Ciri est un personnage qui évolue énormément au fil des tomes. Je l’aime beaucoup, même si certains aspects de son développement sont traités de façon problématique. J’aime également beaucoup Jaskier, même s’il est simplement insupportable par moment (comme son pote Géralt) et j’adore Yennefer, une des plus puissantes magiciennes des royaumes du Nord ainsi le grand amour de notre héros. Leur relation est tumultueuse et chacun a de nombreux amants, mais au final, ils se sont bien trouvés.

Le traitement des femmes dans cet univers est très paradoxal. Il y a des femmes puissantes et centrales dans le récit. Elles sont indépendantes et prennent le contrôle de leur vie ainsi que de leur sexualité ce qui est bien sur extrêmement positif. Pourtant, il y a vraiment des moments où le récit utilise des clichés sexistes, en particulier les séductrices vénéneuses ou les pauvres victimes à sauver. On sent que l’auteur veut être progressiste (contexte années 90 dans une Pologne très croyante) et il passe d’ailleurs un message pro-choix qui m’a beaucoup surprise (en positif). Mais il y a aussi du très mauvais concernant notamment violences sexuelles dont le pire exemple est: une victime de viol ne tombe pas amoureuse de son agresseur. Cela s’appelle sinon le syndrome de Stockholm et romanticiser une relation victime/violeur, ce n’est pas possible. Bref à ce sujet, je suis très partagée et je préfère prévenir que certains sujets sont traités avec les pieds, même si l’auteur essaie vraiment et je pense sincèrement.

Le récit est vraiment en montagne russe. Certains tomes sont plein d’actions (pas beaucoup de monstres, sauf dans les 2 premiers), de combats épiques et de péripéties haletantes, puis tout à coup, c’est le calme plat. On suit les personnages qui se déplacent, tombent sur des problèmes, rencontrent des gens, mais sans que cela fasse avancer la trame principale. Certains tomes sont difficiles à lire à cause de cela et l’envie de secouer nos héros (en particulier Geralt) fut très forte. J’ai apprécié le dernier tome et le dénouement, même s’il y a vraiment une ENORME facilité qui m’a laissée sur le … popotin. La conclusion quand à elle est très ouverte, ce qui est un peu frustrant. L’auteur a fait monter la tension, les enjeux pendant au moins 4 tomes et ce qu’il nous offre est un peu décevant. Ma première réaction a été: c’est tout? tout ça pour ça?

Cette série de dark fantasy est mythique et a récemment connu un regain de popularité après la sortie de la série Netflix (que j’ai bien aimé d’ailleurs). Je ne peux pas me positionner en tant que fan à cause des nombreux problèmes relevés au fil des tomes, pourtant je trouve qu’il y a beaucoup de bonnes choses dans cet univers et j’ai aimé les personnages. Heureusement que je ne donne pas de note aux livres, je n’aurais jamais pu me décider. J’espère vos avoir fait un compte rendu le plus honnête possible et que vous aurez envie de découvrir cet univers qui a beaucoup de qualités et de gros défauts.

Informations pratiques:
Publié en 2008 en France par Bragelonne, 307 pages(15.90€ pour les dernières 
éditions Broché)
Saga de 7 tomes et 2 bonus.
Existe en poche (6.90€), livre numérique (5.99€) et livre audio (14.98€)
Titre original du premier tome (polonais): Ostatnie życzenie

 

8 réflexions au sujet de “Mini chroniques n°16: Spéciales Sorceleur, Andrezj Sapkowski”

  1. C’est bien de savoir que tous les tomes ne se valent pas forcément au niveau de l’intrigue et de l’action. J’ai hâte de débuter le tome 3 ! Pour le traitement des femmes, je n’ai pour le moment rien lu qui m’ait sauté aux yeux mais ça va peut-être arriver. Sûrement avec cette relation violeur/victime que tu soulignes d’ailleurs…

    Aimé par 1 personne

    1. Oui le rythme change au fil des tomes 😊
      L’auteur a un gros pb de compréhension du consentement. Il a l’air de croire que céder après avoir dit non et que l’autre insiste =consentement…. Ça m’a gêné au long des tomes suivants et c’est dommage car sans cet élément fondateur vraiment problématique, la relation aurait été intéressante

      J'aime

  2. C’est très judicieux d’avoir fait une chronique groupée pour toute la saga !
    Pour le moment je n’ai lu que le premier tome et j’ai vraiment adoré. L’intrigue est passionnante et les personnages sont très attachants. Je n’ai pas noté de réel problème dans le traitement des personnages féminins, mais vu ce que tu dis ça risque d’être plus visibles dans les prochains tomes. J’avoue que ça me déçoit un peu de la part d’Andrzej Sapkowski, je pensais que justement il éviterait cet écueil… Quoi qu’il en soit je vais continuer ma lecture pour pouvoir me faire mon propre avis. 😊

    Aimé par 1 personne

    1. Merci 🙂
      Il ne faut pas oublier que les livres datent des 90s, ce n’est pas si éloigné mais pour le féminisme c’est très différent. Il est progressiste sur de nombreux points mais sur d’autres ça dérape. Il a du mal avec la notion que céder sous la pression et l’insistance alors qu’on est dégoûté ce n’est pas consentir 😡
      Mais je t’encourage totalement à continuer, la saga a beaucoup d’atouts 🙂

      Aimé par 1 personne

      1. C’est sur que ce n’est pas le même contexte ! Et puis comme tu dis, la Pologne est loin d’être le pays le plus progressiste…
        Mais c’est vrai que ça doit être rageant de lire ça, si c’est non c’est non. C’est dangereux de laisser entendre le contraire…

        Aimé par 1 personne

        1. Oui, c’et exactement ça!
          C’est sur, et même s’il n’y a pas de non, s’il n’y a pas de oui clair, il faut réfléchir. Et en plus là, c’est après l’avoir sauvée d’une autre tentative de viol, donc elle est sous le choc et la personne ne profite…

          Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s