Chronique

We are not free, Traci Chee

Résumé:

Fourteen teens who have grown up together in Japantown, San Francisco.

Fourteen teens who form a community and a family, as interconnected as they are conflicted.

Fourteen teens whose lives are turned upside down when over 100,000 people of Japanese ancestry are removed from their homes and forced into desolate incarceration camps.

In a world that seems determined to hate them, these young Nisei must rally together as racism and injustice threaten to pull them apart.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Plusieurs booktubeuse américaine/canadienne en ont parlé et ça m’a tout de suite donné envie de le lire: une fiction historique sur la seconde guerre mondiale avec un point de vue non blanc et sur un thème méconnu, tout cela par une autrice concernée. Que demander de plus?

Mon avis:

Le récit suit quatorze adolescents qui ont tous grandi à Japantown, San Francisco. Malgré le racisme anti-japonais qui se renforce au fil des années, ils sont chez eux et aiment leur ville. Hélas, leur vie va changer irrémédiablement après l’attaque de Pearl Harbor et les mesures racistes d’internement de toute la population japonaise et d’origine japonaise prise par le gouvernement de Roosevelt.

La narration est originale: un chapitre par personnage. On a le temps de s’attacher au narrateur avant de passer au suivant, sans pour autant perdre de vue le précédent. Ils sont tous liés et chaque chapitre permet d’apporter non seulement de la substance à son narrateur mais également au groupe en lui-même à travers leurs connexions: la famille, l’amitié, l’amour. J’ai bien sur mes favoris dans la galerie de protagonistes (Minnow, Keiko ou encore Twitchy), mais j’ai adoré faire leur connaissance à tous et j’ai fini le récit en larme.

« I knew, I had known it a long time, I had just never wanted to admit it, like you had never wanted to admit it, you with your dreams, what this country was and has always been. »

« Je le savais, je le savais depuis longtemps, je n’avais juste jamais voulu l’admettre, comme vous n’avez jamais voulu l’admettre, vous et vos rêves, ce que ce pays était et avait toujours été » (traduction personnelle)

Ce roman aborde le fait historique méconnu des camps d’emprisonnement des americano-japonais à partie de 1942 aux USA. Je n’en ai entendu parler qu’assez récemment et c’était également grâce à une œuvre de fiction. C’est un peu comme la collaboration en France: le genre d’évènements dont l’Etat ne fait pas particulièrement étalage car il ne colle pas vraiment avec le roman national plus héroïque. La façon dont cette communauté a été traitée est honteuse. Outre l’internement, certains ont été arrêtés pour espionnage sans aucune raison valable et tous ne sont pas revenus, qu’ils soient morts en prisons ou que leur santé aient été tellement impactée par le mauvais traitement qu’ils ne s’en soient pas remis.

L’autrice est japano-américaine et sa famille a été touchée par ces mesures racistes, ce qui en fait un roman ownvoice. Elle retranscrit avec talent le sentiment d’impuissance et d’injustice profond ressenti par ses protagonistes. La frustration, la colère et le désespoir de se voir priver de son foyer sans aucun raison valable, juste la couleur de leur peau, m’ont heurtée de plein fouet. Il est également intéressant que l’autrice parle des différentes réactions face au traitement subi par la communauté japonaise dans les camps. Cela va créer des fractures quand aux loyautés des uns et des autres. Quel choix faire quand son pays d’accueil ou de naissance vous soupçonne d’être un espion ou un ennemi intérieur? Réussir à se remettre du traumatisme imposé par les USA à cette communauté et continuer à croire dans le « rêve américain » est vraiment difficile à imaginer pour moi.

Au delà de ce sujet important et sérieux, les protagonistes restent également des adolescents. Ils vivent leurs histoires d’amitié, d’amour, se confrontent à leur parents ou n’osent pas se rebeller face à eux tout en devant tous grandir trop vite et renoncer à certaines certitudes rassurantes de l’enfance. La résilience et la force de chacun d’eux s’exprime différemment. Traci Chee a donné des personnalités marquantes à tous ses héros et les explore vraiment bien.

Certains des Nisei (« deuxième génération », enfants des migrants japonais, ici nés aux USA avec la nationalité américaine) se sont battu notamment sur les fronts européens malgré ce qu’ils ont subi chez eux. Se battre au nom de son pays et ses valeurs, alors que celui-ci est raciste et vous traite comme un humain de seconde zone suscite chez moi une admiration sans borne.

« I’m scared, Dad, not just of dying, but of dying for the wrong cause. »

« J’ai peur Papa, pas juste de mourir, mais de mourir pour une mauvaise cause »

Cette fiction historique est excellente et bien écrite. Elle passe d’un narrateur à l’autre avec brio pour nous faire découvrir un pan méconnu et honteux de l’histoire des USA et de son racisme. J’espère vraiment qu’elle sera traduite en France car c’est un sujet important et je recommande sa lecture à tous, adolescents, jeunes adultes et adultes un peu moins jeunes. Bonus: il y a une bibliographie à la fin si creuser le sujet vous intéresse.

Coup de cœur

Informations pratiques:
Publié en juin 2020 par HMH, 400 pages (30.50€)
Existe en livre audio (35.63€) et en livre numérique (9.96€)

9 réflexions au sujet de “We are not free, Traci Chee”

  1. Aborder cette thématique historique et méconnue sous le prisme de la fiction me semble intéressante pour les lecteurs qui auraient peur de se confronter à la réalité trop directement, tout en permettant de réaliser quand même l’horreur de ce racisme primaire et de toute cette haine…
    Ta chronique m’a déjà donné un énorme sentiment d’injustice, alors j’imagine à quel point cette lecture a dû te marquer et te faire passer par tout un tas d’émotions !

    Aimé par 1 personne

    1. Je trouve aussi que c’est une bonne chose, même si la fiction paraît vraiment réelle vu que l’autrice s’est inspirée de sa famille et des lettres écrites par eux pendant cette période.
      Je suis contente d’avoir réussi à faire passer cela, ce livre m’a en effet vraiment touchée et révoltée. Quand je me suis mise à pleurer, je ne m’en suis pas rendu compte tout de suite: les larmes coulaient et j’ai senti l’humidité sur mon oreiller!
      L’autrice a vraiment bien écrit son histoire et transmis les sentiments des adolescents internés.

      Aimé par 1 personne

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