Chronique

Mini chroniques spéciales Non-fiction n°2

J’ai lu plusieurs non-fiction récemment et je ne me sentais pas capable d’en faire une chronique détaillée.

  • NoirEs sous surveillance, Robyn Maynard (Policing Black Lives)
Cliquez sur la couverture pour un article de présentation

La militante féministe Robyn Maynard livre ici un livre coup-de-poing. Il invite à revoir la place des Noir-e-s dans l’histoire canadienne, et, surtout, à réorienter le regard complaisant que le Canada porte sur son rapport aux Noir-e-s. Robyn Maynard intervient sur divers thèmes préoccupants, comme l’esclavage, la maternité des femmes noires, la misogynie au Canada, la violence et la condition noire, l’injustice faite aux Noir-e-s, le manque d’accès à l’éducation des Noir-e-s. Que savons-nous aussi de la détresse des Autochtones, des sans-papiers, des personnes réfugiées ? Voici un livre fondamental qui aide à convoquer des problèmes d’actualité et à nommer le racisme, bien au-delà du Canada. L’édition originale anglaise «  »Policing Black Lives : State Violence in Canada from Slavery to the Present » », Fernwood, 2017, a été nommée parmi l’un des « cent meilleurs livres de 2017 » par le Hill Times et est en nomination pour le Atlantic Book Award.

J’ai fini ce livre en version audio après avoir pris mon temps pour l’écouter. Robyn Maynard s’appuie sur les chiffres canadiens, mais son propos pourrait s’appliquer avec quelques adaptations à la majorité des pays « occidentaux ». Elle expose le racisme systémique avec notamment les politiques volontaires de l’état canadien pour attaquer/laisser dans la précarité les personnes non blanches et en particulier les personnes noires et natives canadiennes. Elle dénonce également l’hypocrisie/politique de l’autruche du Canada qui entretient son image de terre d’accueil et se valorise en dénonçant le racisme de son voisin étasunien (en France aussi on est fort pour faire comme si le racisme était du passé et « bien pire ailleurs »).

Il peut y avoir une certaine répétitions au fil des pages car l’autrice suit toujours le même schéma avec des faits, des chiffres et statistiques qui aboutissent (hélas) toujours à la même conclusion: être noir ou natif est toujours un désavantage face aux institutions, quelle qu’elle soit, encore plus si l’on fait partie de la communauté LGBT+ ou que l’on est atteint de troubles mentaux. Elle déconstruit page après page le mythe du multiculturalisme canadien avec des faits, que ce soit la liste beaucoup trop longue des meurtres de noir.e.s par la police ou les politiques visant spécifiquement les natifs pour détruire leur culture en séparant les familles et écrasant leur culture.

Je n’ai pas grand chose à ajouter. En tant que blanche, un minimum éduquée sur ces sujets, cela permet de comprendre beaucoup mieux à quel point le racisme est profondément et intrinsèquement installé dans nos sociétés post-coloniales et post-esclavage. A découvrir pour tous. Je mets une citation d’Angela Davis qui parle de cet essai bien mieux que moi:

Robyn Maynard ébranle jusque dans ses fondements l’image multi­culturelle et inclusive du Canada. D’une plume implacable, elle dissèque les multiples ancrages du racisme structurel et des idéologies genrées dans l’histoire mondiale de l’esclavage et du colonialisme. NoirEs sous surveillance est une lecture indispensable pour quiconque s’intéresse à l’histoire canadienne et aux mouvements pour la justice sociale ainsi qu’aux forces abolitionnistes et révolutionnaires de Black Lives Matter. 

  • Tueurs en série de France, Sylvain Larue

Parmi les affaires criminelles terrifiantes, l’on fait toujours une place à part pour les tueurs en série. Leurs froids calculs, leur détermination sans faille en font souvent des monstres incapables de pitié. La narration de leurs « faits d’armes » a de quoi en plonger plus d’un dans l’horreur la plus implacable. À l’image de Francis Heaulme, de Guy Georges ou de Michel Fourniret, de Landru, enfin du docteur Petiot, ce livre propose de narrer les faits des plus célèbres affaires de meurtres en série et de décrypter la personnalité des serial killers d’hier et d’aujourd’hui. Car – pour passer de l’ombre à la lumière – autrement dit pour se résoudre à la défaite face à ses pulsions criminelles, il faut avoir de solides mobiles… et de solides dérèglements. Cet ouvrage est nourri d’une iconographie riche et variée (portraits des assassins, pièces de procédure judiciaire inédites, photographies ou dessins de presse de prétoires, documents administratifs des bagnes, etc.) et propose une maquette harmonieuse et engageante. Ce travail de coordination et d’écriture est entrepris par le meilleur spécialiste en activité du monde criminel, l’historien Sylvain Larue.

J’ai lu en plusieurs étapes cet ouvrage sur les pires tueurs en série de l’histoire criminelle de France. Il est bien documenté, précis et détaillé. J’ai apprécié la structure de chaque partie qui expliquait la vie et le parcours criminel de chacun des tueurs/tueuses. Il y a cependant un ton dans certains récits, notamment les plus anciens qui ne me plaisait pas. J’ai du mal à mettre le doigt sur ce qui me dérange mais cela s’est amélioré quand on avançait plus vers notre époque. C’est un problème de goût personnel avant tout.

Il y a des nombreuses photos et copies de documents d’époque qui apportent une profondeur au propos. La seule chose qui m’a manqué est une analyse de tous ces éléments qui va plus loin que le simple récit des crimes commis par ces meurtriers en série. Il y a parfois un début d’analyse systémique en particulier pour Guy Georges ou Francis Heaulme, mais cela m’a un peu laissée sur ma faim. Pour conclure, ce livre vous apportera les informations qu’il promet en 4ème de couverture, mais j’aurais préféré un peu plus d’analyse d’un point de vue globale plutôt qu’individuel.

  • Les grandes Affaires criminelles de France, Sylvain Larue

Elles sont, à leur manière, de petits romans policiers authentiques, où Monsieur Tout-le- Monde peut soudain devenir une bête sanguinaire. De l’assassinat du procureur Fualdès dans l’Aveyron de la Restauration, aux fâcheuses immiscions journalistiques rencontrées au cours de l’affaire Grégory Villemin, encore si poignante aujourd’hui, une trentaine des plus célèbres affaires criminelles de France des XIXe et XXe siècles vous attendent dans ces pages, toutes ayant pour point commun d’avoir passionné les foules venues en nombre assister aux procès et applaudir aux verdicts…

Cet ouvrage a comme Tueurs en série de France une narration très bien maîtrisée et est très bien documenté. Les évènements sont raconté en détail et avec clarté. J’ai de nouveau eu le problème de ton et je confirme donc que c’est une question de goût.

Si l’Histoire criminelle de France vous intéresse, cela peut-être une porte d’entrée intéressante avec des histoires très connues et d’autres qui ont disparu des mémoires. Il me manque également une analyse un peu plus profonde ou globale, mais encore une fois, ce n’est pas le but affiché de cet ouvrage donc mes attentes n’étaient pas les bonnes. Il répond bien aux promesses de son résumé et je vous le recommande pour ça.

6 réflexions au sujet de “Mini chroniques spéciales Non-fiction n°2”

  1. Je savais le Canada très très fermé aux personnes avec des troubles mentaux, mais je pensais le pays plus avancé que bon nombre de pays occidentaux sur l’inclusion des minorités !
    Quant aux deux autres livres, ils m’intéressent beaucoup même si j’ai conscience que vu la taille de ma PAL fiction, je ne prends pas vraiment le temps de lire des livres qui en sortent.

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    1. Pour le Canada, c’est bien l’image qu’ils veulent donner, mais le racisme systémique les touche tout autant que les USA. C’est juste plus insidieux, mais le traitement des natifs par exemple est ignoble. Je ne sais pas si tu a entendu parler des écoles pour les enfants natifs c’est terrible. Ils viennent de découvrir un charnier de plus de 200 enfants morts probablement suite à la maltraitance à coté de l’une d’elle (sachant que ces écoles ont fermé dans les 90s).
      Le Canada fait l’Autruche (un peu comme la France sur les sujets qu’elle n’assume pas) en se donnant une image de pays ouvert….

      Aimé par 1 personne

      1. C’est vrai que cette image de « gentil » pays ouvert marche bien, d’autant qu’elle est souvent propagée dans les séries américaines, où les canadiens sont sympas, limite naïfs.
        Je ne connais pas vraiment l’histoire de ce pays ni le sort réservé aux natifs, mais c’est effrayant cette histoire d’école 😦

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