Résumé:

Ses parents disparus ont voué Cassandre au malheur en la programmant à devenir voyante! Comme l’héroïne grecque dont elle porte le nom, la jeune fille est capable de prévoir les catastrophes, et comme elle, personne ne l’écoute…

Aux lisières d’un Paris futuriste hanté par des êtres revenus à l’état sauvage, Cassandre et ses étranges amis vont essayer de sauver un monde qui court à sa perte, menacé par la surpopulation, la pollution, les guerres, les épidémies et le terrorisme.

Un conte-fleuve sur l’origine et la fin des temps, la destinée de l’Homme, les pièges de la fatalité et de la liberté.

Comment ce livre est-il arrivé entre mes mains?

Merci à Charlotte qui m’a prêté ce livre. Je n’avais pas lu de Werber depuis le Cycle des Dieux.

Mon avis:

Avant de commencer ma critique, il faut que je vous précise mon lien avec les livres de Bernard Werber. Je les ai découverts il y a 15 ans, grâce à la recommandation d’un camarade de classe au collège, en lisant le cycle des fourmis qui m’avait enthousiasmé. J’ai ensuite lu Les Thanatonautes, que j’ai adoré, suivi de L’empire des anges, du Livre du voyage et de l’Encyclopédie du savoir relatif et absolu. Arrivé à ce point, il faisait partie des auteurs que j’adorais et dont j’attendais la prochaine sortie avec impatience.

En 2004, Nous les Dieux, suite de l’Empire des anges est sortie. Je l’ai bien sur acheté et lu. C’est là que les choses se sont compliquées. J’ai commencé à trouver qu’il se répétait trop souvent, chose que je lui pardonnais facilement avant. Puis, Le souffle des dieux et Le mystère des Dieux sont parus et j’ai complètement abandonné ses livres, lassée.

Cela fait donc une dizaine d’années que je n’ai plus tenté de lire un seul de ses livres. Je respecte beaucoup l’homme qui a l’air de posséder des convictions humanistes et écologistes que je partage ainsi qu’une culture gigantesque, mais ses livres ne m’intéressaient plus. Je préfère vous expliquer ce vécu car, au vu de mon ressenti sur Le miroir de Cassandre, j’ai été probablement influencé par tout cela et je voulais être totalement honnête.

Revenons à nos moutons, ou plus précisément, à notre roman: Le Miroir de Cassandre. La narration est à la troisième personne et suit le point de vue de Cassandre, l’héroïne. Il est parsemé d’irruption des pensées de la demoiselle, ce qui permet de mieux la comprendre. On la suit dans sa fuite de « l’école » où elle vit, ou plutôt est internée, et dans la recherche de son passé, son identité.

Elle va très rapidement trouver refuge auprès d’un groupe de marginaux dans une immense décharge. On va faire la connaissance de Duchesse, Marquis, Vicomte et Baron, des personnalités atypiques qui ont eu besoin un jour de fuir la société. L’accueil n’est pas chaleureux, le site est ignoble, mais elle va finir par s’y sentir chez elle, intégrée dans une « famille »: les Redemptionnais. Petit à petit, sa quête identitaire va se doubler d’une réflexion sur son pouvoir: les rêves prémonitoires. Elle voit des attentats et fait tout pour les empêcher, alors que personne ne veut la croire, comme sa célèbre homonyme.

Cassandre est particulière, ce qui est expliqué plus tard dans l’histoire, et sa façon de s’exprimer est perturbante pour les autres. Elle est aussi terriblement orgueilleuse et  émet souvent des jugements condescendants sur les autres. Paradoxalement, elle pense énormément à l’humanité et les moyens de la sauver en grande partie à cause/grâce à son pouvoir. C’est une héroïne plutôt complexe et assez insupportable par moments.

Les Rédemptionnais, quant à eux, sont des rebuts de la société, mais vont tous apporter quelque chose à cette « petite bourge » aux mains propres. Elle va, en retour, transformer leurs vies: ce sera après de nombreuses crises, des insultes et des bagarres, ce qui correspond bien à leur façon de voir la vie, « chacun sa merde ». Il y a, comme dans tout les Werber, une volonté de faire passer des messages sur la vie, les choix que l’on fait ou encore, la nature humaine.

Hormis les Rédemptionnais, atypiques et intéressants, de nombreux protagonistes entourent Cassandre. Il n’y a pas de grand méchants, mais des personnages avec des antagonismes plus ou moins forts. Certains sont purement négatifs et d’autres évoluent au fil de l’histoire, quitte à retourner purement leur veste (assez bizarrement pour certains). Elle va également croiser de nombreuses personnes qui vont l’aider assez spontanément, confinant même parfois à la facilité scénaristique ( la scène à la sortie du DOM). Ils sont, dans leur grande majorité, assez inconsistants et « monotache ». Ils servent de révélateur ou de catalyseur à Cassandre, mais comme elle, on ne s’attarde pas sur eux, on ne les écoute même pas vraiment.

Ce roman porte un joli message de liberté et d’espoir. L’auteur nous apporte sa vision du monde: pour que les évènements arrivent, il faut les provoquer. Il faut tout faire pour penser, prévoir et visualiser le futur que nous voulons pour qu’il puisse se réaliser (avec l’idée des prophéties auto-réalisatrices). Nous sommes maîtres de notre destin, « Il ne faut jamais renoncer »: Le destin n’est pas écrit, il faut l’écrire tous les jours. J’adhère vraiment à cette vision des choses, où même les pires marginaux, du fin fond de leur décharge puante, peuvent influer sur le cours des choses.

Il appuie également sur la communication entre individus. Cassandre essaie de parler, de prévenir tout le monde qu’un désastre va arriver, mais personne ne l’écoute. On refuse de la croire et on ridiculise ses « cauchemars » de petite file. Elle va apprendre qu’entre ce que les gens veulent entendre, ce qu’il faut leur dire et la vérité, il y a un monde.

Vous vous doutez, depuis mon introduction, qu’il va y avoir un « mais ». L’histoire est intrigante au début, car on se demande ce qui va arriver à cette gamine fugueuse qui devient clocharde. L’univers qu’elle découvre est très intéressant et décrit avec réalisme. Cependant, l’arc narratif est trop répétitif. Spoiler: Cassandre fuit, se retrouve à la décharge, est chassée de la décharge, elle réfléchit et découvre des indices, est reprise par le directeur de l’école pervers, s’enfuit de nouveau, retourne à la décharge, est de nouveau chassée, nouveau indices, nouvelle capture, fuite, décharge, rejet, indices, etc etc… Cette boucle finit par être lassante, et on a beau espérer qu’il se passe quelque chose de nouveau, on s’ennuie.

J’aime énormément les livres qui font réfléchir, qui font passer un message derrière les aventures de leur héros. Le problème ici est qu’il est assené et répété inlassablement tout au long de l’histoire. Bien que je partage en grande partie la vision de la vie de Bernard Werber, je n’aime pas qu’on essaie de faire rentrer à coup de marteau une idée dans ma tête. Je trouve qu’il a perdu en subtilité par rapport à d’autres romans que j’ai beaucoup aimé (Les Thanatonautes par exemple).

De plus, ayant lu une dizaine de ses romans, j’ai ressenti une grande impression de déjà-vu. Il cite ses propres livres en références et parsème ses livres de citations savantes et populaires. Ses personnages sont différents, marginaux, avant-gardistes,… Ils sont souvent rejetés car ils ont raison et que personne ne veut le voir. Il est aisé de s’identifier à eux, car, en plus, ils développent des arguments très convaincants et intéressants, enfin dans les 5 premiers romans lus. Finalement, c’est toujours les même belles idées, réchauffées et avec un enrobage différent. C’est un peu une machine en apparence bien huilée, réutilisée pour chaque roman, mais qui finit par s’user et dont on aperçoit les rouages grinçants en creusant un peu.  C’est mon plus gros reproche à Werber, j’ai l’impression qu’il cède à la facilité, alors qu’il travaille sur ses romans en les ré-écrivant des dizaines de fois!

Cette impression se retrouve aussi dans le style, car si vous ne le saviez pas Cassandre est « une jeune fille aux yeux gris ». Il se réfère à elle de cette façon en permanence, ce qui est assez étonnant pour un auteur de son expérience. D’autres lourdeurs parsèment le texte, comme la référence permanente à la montre et aux battements de cœur qui font diminuer ou augmenter les risques perçus par le système, ainsi que les caméras présentes ou absentes à tel ou tel moment qui influencent Probabilis.

Enfin, j’ai eu énormément de mal avec la réflexion de la jeune Cassandre lors de ses premières règles. Je ne me suis pas reconnue une seule seconde dans les divagations et idées qu’elle explore, notamment à cause de la douleur. C’est un exercice difficile pour un homme j’imagine, de se projeter dans la tête d’une jeune fille lors de cette étape, mais je trouve qu’il s’est magistralement planté. Si on ajoute la référence régulière à « l’intuition féminine », la féministe en moi rue dans les brancards!

Le bilan de ma lecture est donc très mitigé. J’ai comme toujours aimé le message qu’il essaie de faire passer, mais à force de toujours utiliser les mêmes ficelles, on les use. Le style est moyen, malgré des personnages plutôt intéressants et atypiques. Le roman abuse de facilités scénaristiques, en particulier pendant les révélations. Je pense que Werber et moi, c’est, hélas, définitivement fini. Sans rancune, je garde dans mon coeur certains de ses romans qui m’ont aidée à réfléchir sur le monde quand j’étais adolescente.

Informations pratiques:
Paru en septembre 2009 chez Albin Michel, 631 pages (23.20€).
Existe en poche (9.10€) et livre numérique (9.99€).
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